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FRANCE-VATICAN-DIPLOMACY

La nomination de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège toujours bloquée

Près de deux mois après le départ de son ambassadeur, la France n’a toujours pas de représentant auprès du Saint-Siège. La candidature de Laurent Stefanini n’est pas acceptée par Rome.

Si le Vatican n’entend faire aucun commentaire, il a cependant choisi de ne pas donner son agrément au diplomate choisi et proposé par Paris dès janvier, Laurent Stefanini. Si l’homosexualité du candidat au poste d’ambassadeur pose problème, certaines sources proches du dossier au Vatican assurent cependant à I.Media, sans plus de précisions, qu’une autre raison « grave » a motivé ce refus.

Bruno Joubert, ambassadeur de France auprès du Saint-Siège depuis mai 2012, a quitté ses fonctions le 1er mars. Deux mois plus tôt, en Conseil des ministres, le nom du chef du protocole de l’Élysée, Laurent Stefanini, était validé pour lui succéder. À travers les canaux habituels, le dossier est arrivé au Vatican, au terme d’une enquête menée par la nonciature apostolique à Paris. Comme le prévoit le droit international, le Saint-Siège a fait le choix de refuser cette demande d’agrément sans donner de motif, et sans même communiquer sa décision à la France.

La presse française a largement évoqué l’homosexualité – vécue cependant avec discrétion – de l’actuel chef du protocole de l’Élysée, Laurent Stefanini, pour motiver le refus romain. Il semble surtout que le choix de Paris ait été mal reçu au Vatican deux ans après l’adoption contestée du « mariage pour tous » en France. Des sources proches du dossier avancent en outre un motif « plus grave », sans qu’il soit possible d’en savoir plus en raison du mutisme assumé du Saint-Siège. En dernier recours, Laurent Stefanini – un catholique pratiquant – a écrit au pape François avant de le rencontrer en toute discrétion le 18 avril. Il se serait alors vu confirmer ce refus.

Interpellé par I.Media le 22 avril, le Bureau de presse du Saint-Siège n’a souhaité faire aucun commentaire. À Rome, officiellement, on attend désormais que Paris propose le nom d’un autre candidat. Deux noms circulent avec insistance, celui de l’ancienne ambassadrice en Irlande et actuelle secrétaire adjointe au ministère des Affaires étrangères Emmanuelle d’Achon, et celui de Bertrand Besancenot, ambassadeur en Arabie Saoudite depuis près de huit ans.

L’entêtement de la France agace

À Rome, l’entêtement de la France à maintenir la candidature de Laurent Stefanini a visiblement agacé et aggravé la situation, même si ce diplomate qualifié compte de nombreux amis dans la curie. Ce fin connaisseur de l’Église et de Rome fut particulièrement apprécié par le Vatican lors de son séjour comme premier conseiller à la Villa Bonaparte, l’ambassade de France près le Saint-Siège, entre 2001 à 2005.

L’écho donné à cette affaire dans la presse française ne facilite pas les choses. La publication répétée d’informations réservées, dans le Canard enchaîné, laisse à penser que le choix de Laurent Stefanini, à Paris, n’est pas soutenu par tout le monde.

 « La France est la fille aînée de l’Église, mais pas la plus obéissante», confiait en souriant ces derniers mois le pape François à des prélats de passage.
Cette petite phrase, cependant, est antérieure à cette affaire.

 

Le Saint-Siège peut également avoir été irrité par la publication trop hâtive du nom du candidat parisien, avant même qu’il ne soit soumis à son agrément. Quelques heures à peine après sa validation en Conseil des ministres, le 5 janvier, le nom de Laurent Stefanini était ainsi apparu sur le réseau social Twitter puis, quelques semaines plus tard, dans la presse. Sans parler de l’écho donné en France au refus de Rome. Au Vatican, d’aucuns avancent aussi le fait que le diplomate de 55 ans n’a jamais été ambassadeur en poste à l’étranger.

Cet épisode empoisonne pour l’heure les relations bilatérales, alors qu’un voyage du pape dans l’Hexagone courant 2016 reste à l’étude. C’est aussi dans ce contexte qu’un représentant officiel du gouvernement français devrait assister au Vatican, le 17 mai, à la messe de canonisation de la religieuse française Jeanne Émilie de Villeneuve (1811-1854).

« La France est la fille aînée de l’Église, mais pas la plus obéissante», confiait en souriant ces derniers mois le pape François à des prélats de passage. Cette petite phrase, cependant, est antérieure à cette affaire.

Des profils peu adéquats

Dans le protocole du Saint-Siège, une règle non écrite, mais connue au sein de la diplomatie, veut que le Vatican n’accorde pas son agrément, d’ordinaire, aux candidats homosexuels ou divorcés remariés. La presse française a largement rappelé le cas de Jean-Loup Kuhn-Delforge proposé par Paris en 2008, mais déjà refusé par le Saint-Siège en raison de son « profil personnel ». Secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères, il était notoirement homosexuel et pacsé avec son compagnon. La France était alors restée dix mois sans ambassadeur.

Pour autant, cette règle n’avait pas été respectée en 1998 pour un précédent ambassadeur de France, homosexuel non affiché. Le diplomate français avait même été amèrement regretté par le Saint-Siège lorsqu’il avait été rappelé par Paris plus vite que prévu, en plein cœur du Jubilé de l’an 2000. À ce jour, par ailleurs, d’autres diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, dont le représentant d’un grand pays européen, auraient également le même profil personnel.

Dans les relations diplomatiques qu’entretient le Saint-Siège avec 180 États, l’un des épisodes les plus emblématiques est le refus d’un agrément au candidat de la République d’Argentine en 2007. En pleine crise entre l’épiscopat local et la nouvelle présidente Cristina Kirchner, Buenos Aires avait proposé la candidature d’Alberto Iribarne, ancien ministre de la justice, un catholique divorcé et remarié. En mai 2008, pour calmer la situation, le Saint-Siège avait alors appelé à Rome un certain… Jorge Mario Bergoglio, archevêque de la capitale et dont le franc-parler irritait les autorités. Quatre mois plus tard, la nomination d’un autre diplomate avait mis fin à plusieurs mois de crise diplomatique.

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« La suppression de la différence homme/femme est le problème et non la solution »

Rome,  (Zenit.orgPape François

La suppression de la différence entre homme et femme « est le problème et non la solution », affirme le pape François qui voit la théorie du genre comme « un pas en arrière » : « pour bien se connaître et grandir de façon harmonieuse, l’être humain a besoin de la réciprocité entre l’homme et la femme… Nous sommes faits pour nous écouter et nous aider mutuellement », affirme-t-il.

Poursuivant son cycle de catéchèses sur la famille, le pape a médité ce mercredi 15 avril 2015 sur la complémentarité homme/femme : « sans l’enrichissement réciproque dans cette relation – dans la pensée et dans l’action, dans les sentiments et dans le travail, et aussi dans la foi – ni l’un ni l’autre ne peuvent comprendre jusqu’au fond ce que signifie être un homme et être une femme ».

Ainsi, il a diagnostiqué « la fameuse théorie du genre » comme « l’expression d’une frustration et d’une résignation qui vise à annuler la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus se confronter à celle-ci » : « Pour résoudre les problèmes de relation, l’homme et la femme doivent au contraire se parler davantage, s’écouter davantage, se connaître davantage, s’aimer davantage. Ils doivent se traiter avec respect et coopérer dans l’amitié », a-t-il souligné.

A.K.

Catéchèse du pape François

La famille – 10 Homme et Femme (1)

Chers frères et sœurs, bonjour !

La catéchèse d’aujourd’hui est consacrée à un aspect central du thème de la famille : celui du grand don que Dieu a fait à l’humanité avec la création de l’homme et de la femme et avec le sacrement du mariage. Cette catéchèse et la prochaine portent sur la différence et la complémentarité entre l’homme et la femme, qui sont au sommet de la création divine ; les deux catéchèses suivantes seront sur d’autres thèmes liés au mariage.

Nous commençons par un bref commentaire sur le premier récit de la création, dans le livre de la Genèse. Nous y lisons que Dieu après avoir créé l’univers et tous les êtres vivants, créa son chef-d’œuvre, à savoir l’être humain, qu’il fit à son image : « à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1,27), dit le livre de la Genèse.

Et comme nous le savons tous, la différence sexuelle est présente dans de nombreuses formes de vie, dans toute la gamme des vivants. Mais c’est seulement dans l’homme et dans la femme qu’elle porte en elle l’image et la ressemblance de Dieu ; le texte biblique le répète trois fois en deux versets (26-27) : l’homme et la femme sont à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cela nous dit que non seulement l’homme pris pour lui-même est à l’image de Dieu, non seulement la femme prise pour elle-même est à l’image de Dieu, mais aussi l’homme et la femme, en tant que couple, sont à l’image de Dieu. La différence entre l’homme et la femme n’est pas pour l’opposition, ou la subordination, mais pour la communion et la génération, toujours à l’image et à la ressemblance de Dieu.

L’expérience nous l’enseigne : pour bien se connaître et grandir de façon harmonieuse, l’être humain a besoin de la réciprocité entre l’homme et la femme. Quand cela ne se produit pas, on en voit les conséquences. Nous sommes faits pour nous écouter et nous aider mutuellement. Nous pouvons dire que, sans l’enrichissement réciproque dans cette relation – dans la pensée et dans l’action, dans les sentiments et dans le travail, et aussi dans la foi – ni l’un ni l’autre ne peuvent comprendre jusqu’au fond ce que signifie être un homme et être une femme.

La culture moderne et contemporaine a ouvert de nouveaux espaces, de nouvelles libertés et de nouvelles profondeurs pour l’enrichissement de la compréhension de cette différence. Mais elle a aussi introduit beaucoup de doutes et de scepticisme. Par exemple, je me demande si la fameuse théorie du genre n’est pas aussi l’expression d’une frustration et d’une résignation qui vise à annuler la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus se confronter à celle-ci. Oui, nous risquons de faire un pas en arrière. En fait, la suppression de la différence est le problème et non la solution. Pour résoudre les problèmes de relation, l’homme et la femme doivent au contraire se parler davantage, s’écouter davantage, se connaître davantage, s’aimer davantage. Ils doivent se traiter avec respect et coopérer dans l’amitié. Sur ces bases humaines, soutenues par la grâce de Dieu, il est possible de concevoir l’union matrimoniale et familiale pour toute la vie. Le lien matrimonial et familial est quelque chose de sérieux, il l’est pour tous, pas seulement pour les croyants. Je voudrais exhorter les intellectuels à ne pas déserter cette question, comme si elle était devenue secondaire pour l’engagement en faveur d’une société plus libre et plus juste.

Dieu a confié la terre à l’alliance de l’homme et de la femme : son échec rend le monde des sentiments aride et obscurcit le ciel de l’espérance. Les signaux sont déjà préoccupants et nous les voyons. Je voudrais indiquer, parmi tant d’autres, deux points qui, je crois, doivent nous voir nous engager en priorité

Le premier : il ne fait aucun doute que nous devons faire beaucoup plus en faveur de la femme, si nous voulons redonner davantage de force à la réciprocité entre les hommes et les femmes. En effet, il est nécessaire que non seulement la femme soit plus écoutée, mais que sa voix ait un poids réel, une autorité reconnue dans la société et dans l’Église. La manière même dont Jésus a considéré la femme dans un contexte moins favorable que le nôtre, parce qu’à cette époque la femme était vraiment à la seconde place, et Jésus l’a considérée d’une manière qui donne une lumière puissante, qui illumine une voie qui mène loin et dont nous n’avons parcouru qu’une partie. Nous n’avons pas encore compris en profondeur ce que peut nous apporter le génie féminin, ce que la femme peut apporter à la société et à nous aussi : la femme sait voir les choses avec un autre regard qui complète la pensée des hommes. C’est une voie à parcourir avec plus de créativité et d’audace.

Une seconde réflexion concerne le thème de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu. Je me demande si la crise collective de confiance en Dieu, qui nous fait tant de mal, qui nous rend malades de résignation à l’incrédulité et au cynisme, n’est pas aussi liée à la crise de l’alliance entre l’homme et la femme. En effet, le récit biblique, avec sa grande fresque symbolique sur le paradis terrestre et le péché originel, nous dit précisément que la communion avec Dieu se reflète dans la communion du couple humain et que la perte de la confiance dans notre Père céleste génère la division et le conflit entre l’homme et la femme.

D’où la grande responsabilité de l’Église, de tous les croyants, et avant tout des familles croyantes, pour redécouvrir la beauté du dessein créateur qui inscrit l’image de Dieu aussi dans l’alliance entre l’homme et la femme. La terre se remplit d’harmonie et de confiance quand l’alliance entre l’homme et la femme est vécue dans le bien. Et si l’homme et la femme la cherchent ensemble entre eux et avec Dieu, ils la trouvent indubitablement. Jésus nous encourage explicitement à témoigner de cette beauté qui est l’image de Dieu.

Traduction de Zenit, Constance Roques

Une bulle d’indiction et quelques questions

La bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la miséricorde a été publiée samedi 11 avril 2015. On ne s’étonnera de la voir reprendre des thèmes chers au pape François: la miséricorde, la justice sociale, le refus de la précarité ou même un certain attachement à Vatican II. (En revanche, rien n’est dit sur la protection de environnement et l’écologie, thèmes pourtant d’actualité.)

Un appel à la conversion est même lancé au paragraphe 19 ; nous en citons quelques extraits:

Mon appel à la conversion s’adresse avec plus d’insistance à ceux qui se trouvent éloignés de la grâce de Dieu en raison de leur conduite de vie. Je pense en particulier aux hommes et aux femmes qui font partie d’une organisation criminelle quelle qu’elle soit. Pour votre bien, je vous demande de changer de vie. Je vous le demande au nom du Fils de Dieu qui, combattant le péché, n’a jamais rejeté aucun pécheur. Ne tombez pas dans le terrible piège qui consiste à croire que la vie ne dépend que de l’argent, et qu’à côté, le reste n’aurait ni valeur, ni dignité. Ce n’est qu’une illusion. Nous n’emportons pas notre argent dans l’au-delà. L’argent ne donne pas le vrai bonheur. La violence pour amasser de l’argent qui fait couler le sang ne rend ni puissant, ni immortel. Tôt ou tard, le jugement de Dieu viendra, auquel nul ne pourra échapper.

Le même appel s’adresse aux personnes fautives ou complices de corruption. Cette plaie puante de la société est un péché grave qui crie vers le ciel, car il mine jusqu’au fondement de la vie personnelle et sociale (…).

Voici le moment favorable pour changer de vie ! Voici le temps de se laisser toucher au cœur. Face au mal commis, et même aux crimes graves, voici le moment d’écouter pleurer les innocents dépouillés de leurs biens, de leur dignité, de leur affection, de leur vie même. Rester sur le chemin du mal n’est que source d’illusion et de tristesse. La vraie vie est bien autre chose. Dieu ne se lasse pas de tendre la main. Il est toujours prêt à écouter, et moi aussi je le suis, comme mes frères évêques et prêtres. Il suffit d’accueillir l’appel à la conversion et de se soumettre à la justice, tandis que l’Eglise offre la miséricorde.

On notera donc que les membres des organisations criminelles et les personnes qui pratiquent la corruption sont visés explicitement. Tant mieux, pourrait-on dire. Mais, curieusement (ou non, les hypothèses demeurent libres sur ce silence), certains  péchés ne sont pas visés, notamment ceux qui portent atteinte aux 6ème et 9ème commandements. Il y aurait pourtant beaucoup de choses à dire, car il n’est nul besoin d’être grand clerc (ou plutôt grand confesseur) pour comprendre qu’ils sont répandus et qu’ils détournent de Dieu. Peut-on réduire la gravité du péché à de simples injustices sociales ? Les atteintes à la vie sont également absentes et rien n’est dit sur le fait que la désinformation de masse par les médias pourrait se rattacher à l’interdiction de porter faux témoignage. Que le mal ait une dimension sociale constitue une évidence (des péchés personnels en ont forcément une), mais sa troublante question ne saurait se réduire à de simples lésions dans les rapports pécuniaires ou, plus généralement, dans la justice commutative. Un paradis social, disait le théologien Henri de Lubac, peut être un enfer spirituel, et nos sociétés occidentales sont trop placées pour savoir ce que signifie une société qui s’est voulue socialement juste (toutes ces politiques publiques mises en place au sortir de la Deuxième guerre mondiale). Sous prétexte que des fornicateurs agissent de façon consentante, doit-on en déduire que la gravité de la faute disparaît ? Ce serait absurde, mais beaucoup semblent persuadés du contraire… Ne faire de mal à personne – même si les péchés de la chair lèsent quand même autrui – ne suffit pas à diminuer la gravité du péché.

On aurait pu imaginer un extrait reprenant le même style:

Ne tombez pas dans le terrible piège qui consiste à croire que la vie ne dépend que de la chair et du plaisir, et qu’à côté, le reste n’aurait ni valeur, ni dignité. Ce n’est qu’une illusion. Nous n’emportons pas nos plaisirs dans l’au-delà. Ces plaisirs ne donnent pas le vrai bonheur. La violence pour conquérir ces plaisirs  ne rend ni puissant, ni immortel. Tôt ou tard, le jugement de Dieu viendra, auquel nul ne pourra échapper.

 Sans critiquer qui que ce soit, un débat peut être légitimement ouvert.

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Génocide

Le pape dénonce le génocide arménien

Le pape François a déclaré ce matin dans la basilique Saint-Pierre de Rome, lors d’une messe à la mémoire des Arméniens massacrés entre 1915 et 1917, concélébrée avec le patriarche arménien Nerses Bedros XIX Tarmouni, avec des éléments du rite catholique arménien et en présence du président du pays, Serzh Sargsyan :

« En des occasions diverses j’ai défini cette époque comme un temps de guerre, une troisième guerre mondiale « par morceaux », où nous assistons quotidiennement à des crimes atroces, à des massacres sanglants, et à la folie de la destruction. Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, sont publiquement et atrocement tués – décapités, crucifiés, brulés vifs –, ou bien contraints d’abandonner leur terre.

Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre une sorte de génocide causé par l’indifférence générale et collective, par le silence complice de Caïn qui s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9 ; Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).

Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du XXème siècle » (Jean-Paul II et Karekin II, Déclaration commune, Etchmiadzin, 27 septembre 2001) ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. Des évêques, des prêtres, des religieux, des femmes, des hommes, des personnes âgées et même des enfants et des malades sans défense ont été tués. Les deux autres ont été perpétrées par la nazisme et par le stalinisme. Et, plus récemment, d’autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie. Cependant, il semble que l’humanité ne réussisse pas à cesser de verser le sang innocent. Il semble que l’enthousiasme qui est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale soit en train de disparaître et de se dissoudre. Il semble que la famille humaine refuse d’apprendre de ses propres erreurs causées par la loi de la terreur ; et ainsi, encore aujourd’hui, il y en a qui cherchent à éliminer leurs semblables, avec l’aide des uns et le silence complice des autres qui restent spectateurs. Nous n’avons pas encore appris que « la guerre est une folie, un massacre inutile » (cf. Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).

Chers frères arméniens, aujourd’hui nous rappelons, le cœur transpercé de douleur mais rempli d’espérance dans le Seigneur ressuscité, le centenaire de ce tragique événement, de cette  effroyable et folle extermination, que vos ancêtres ont cruellement soufferte. Se souvenir d’eux est nécessaire, plus encore c’est un devoir, parce que là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le mal tient encore la blessure ouverte ; cacher ou nier le mal c’est comme laisser une blessure continuer à saigner sans la panser ! »

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vati

Audience générale Place Saint Pierre : le Pape François sur l’attention due aux enfants

Cité du Vatican, 18 mars 2015 (VIS). Au cours de l’audience générale tenue Place St.Pierre, le Pape a conclu son cycle de catéchèse consacrée à la famille, en évoquant l’enfance et l’attention due aux enfants qui « sont un grand don pour l’humanité mais en sont aussi les grands exclus, dans la mesure où on ne leur laisse même pas la possibilité de naître… Moralement comme sociologiquement, la société est libre ou esclave d’intérêts internationaux selon comme elle traite les enfants… Durant nos premières années nous sont tous dépendants des autres, ce qui n’a pas été épargné au fils de Dieu. C’est le mystère de la Nativité… N’est-il pas curieux que Dieu n’ait aucune difficulté à se faire comprendre des enfants, et que les enfants n’en n’ont pas à la comprendre? L’Evangile contient des passages forts sur les enfants, les petits, un terme qui au-delà des enfant englobe tous ceux qui ont besoin de l’aide d’autrui ».
« Si les enfants constituent en soi la richesse de l’humanité, ils sont aussi une richesse pour l’Eglise car ils nous rappelle sans cesse la condition nécessaire pour gagner le Royaume. Pour y entrer, on ne doit pas se considérer auto-suffisant mais besogneux d’assistance, d’amour et de pardon…toutes choses que nous ne nous sommes pas accordées mais avons reçues avec le grand don de la vie. Ne prenons pas le risque de vivre comme si nous étions les patrons de notre existence, alors qu’elle ne dépend pas de nous. C’est une grande joie de constater qu’à chaque âge de la vie…nous sommes et demeurons des petits. Ce message, ce sont les enfants qui nous le rappellent… L’enfant voit avec confiance, et regarde en confiance ses parents, mais aussi Dieu, Jésus ou la Vierge. Son regard intérieur est lui aussi pur, non encore pollué par la malice et les autres nécroses du coeur. S’ils portent en eux le péché originel et manifestent l’égoïsme, ils conservent une pureté et une simplicité de fond. Ils ne sont pas calculateurs et expriment ce qu’ils ressentent et voient… Il n’ont pas encore appris l’hypocrisie des adultes… Leur simplicité intérieure les rend capables de tendresse…qui est signifie aussi poésie, la poésie de percevoir les choses et les événements sans une arrière-pensée utilitariste ». Puis le Pape a parlé de la capacité des enfants à rire et pleurer spontanément, deux attitudes que les adultes savent occulter: « Trop souvent notre sourire semble forcé ou de convenance ». Puissent les enfants « nous enseigner à sourire et pleurer spontanément! ». Certes, les enfants sont également sources de nombreux problèmes. « Mais il vaut mieux pour la société d’avoir ces soucis et ces problèmes que d’être une humanité triste et grise car privée d’enfants. On peut dire qu’une société est triste et grise lorsque son taux de fécondité est au plus bas ».