Archives du mot-clé Chrétiens

EL

Jean-Pierre Elkabbach estime que convertir les juifs les fera disparaître « pire que d’autres ont essayé de le faire. »

Convertie au catholicisme, Véronique Lévy, sœur de Bernard-Henri Lévy, témoignait de son don au Christ sur le plateau de Bibliothèque Médicis. Jean-Pierre Elkabbach n’omettra pas, entre vexations, attaques personnelles et interruptions de parole, de lui faire saisir un rare mépris dont le sommet s’incarnera dans une comparaison sinistre :

« Il vaut mieux pour les Juifs que leur destinée ne soit pas de se fondre dans des conversions qui les fassent disparaître pire que d’autres ont essayé de le faire. » (sic)

Au terme de son émission, le journaliste de la chaîne publique LCP brave tous les codes de déontologie : « Dieu peut vous faire le signe de revenir vers nous », alors que Véronique Lévy, lumineuse et auteure d’un livre sur sa conversion, lui affirmait que seul était un juif accompli celui qui se tournait vers le Christ. Un témoignage rare, et édifiant.

Retrouver cet article sur sa plateforme initiale.

PHO3e6b29ae-1f1a-11e4-bbe6-f25947c5a453-805x453

Chrétiens, réveillez-vous !

Frédéric Saint Clair est mathématicien et économiste de formation. Il a été chargé de Mission auprès du Premier ministre pour la communication politique (2005-2007). Il est aujourd’hui Consultant Free Lance.


La terreur qui s’abat sur les chrétiens d’Orient, ou plutôt sur les chrétiens vivant en Orient, sur cette fraction d’une même communauté chrétienne, cependant citoyenne d’une nation incapable de leur reconnaître le droit à vivre en paix, blesse l’ensemble de la communauté chrétienne. Et pourtant, la question se pose à chacun: «Que puis-je y faire, réellement, concrètement, moi qui habite si loin de là, moi qui n’ai aucune réelle influence sur les évènements?» Cette question, que d’aucun trouverait légitime, revient aujourd’hui à une autre question tout aussi impérieuse: «Qu’est devenu leChristianisme?», ou bien «A quoi sert-il désormais?», ou même: «Qu’est-ce qu’être chrétien?», «Quelle dimension pratique?»

Il y a plus d’un demi-siècle, Simone Weil déplorait que la question religieuse ait été réduite «au choix d’un lieu où aller passer une heure ou deux, le dimanche matin.» Aujourd’hui, elle n’est même plus cela. Car la grasse matinée du dimanche est devenue un plaisir bien supérieur. Ou bien les balades en forêt, les compétitions sportives, les brunchs, le bricolage, les sorties en famille, la plage, les joggings dans les bois, les flâneries en tous genres…

Si d’aventure un chrétien d’Irak, lequel risque sa vie pour faire le choix de la prière à l’église le dimanche matin, pouvait tourner ses yeux vers nous, qu’y verrait-il? L’image d’une communauté décomposée prêchant de bonnes paroles mais incapable de transformer ces paroles en actes? L’image d’une communauté ayant troqué sa foi au profit d’un loisir? Si nous étions nous-mêmes en Orient, menacés, mais priant malgré tout pour obtenir protection et secours, qu’aimerions-nous voir en tournant nos regards vers l’Occident?

Un christianisme pratique, qui a été réduit, par l’incapacité des âges, à un christianisme théorique, déraciné, trouve un écho dans le point de vue de Simone Weil: elle constatait amèrement que les chrétiens «se résignent à être eux-mêmes irréligieux dans toute la partie profane de leur vie…» alors que la fonction propre de la religion «consiste à imprégner de lumière toute la vie profane, publique et privée, sans jamais aucunement la dominer». Les chrétiens se sont retirés de la vie publique, déléguant au politique son entière gestion, se contentant de juger, voire de condamner, alors qu’il leur était demandé d’inspirer, d’initier, d’inciter, de participer. Il est important de noter que Simone Weil, déplorant que la religion ait été dégradée au rang d’affaire privée et réclamant l’action du chrétien, ne renonce pas au principe de laïcité. Lectrice des Evangiles, elle savait que le principe de laïcité avait été inscrit par le Christ lui-même au fondement de sa doctrine: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu». Le christianisme se satisfait donc pleinement de la laïcité qui ne constitue pas un obstacle à sa foi ni à ses œuvres ; et le Christ, et les disciples, et Paul, ont montré à quel point il était possible pour un chrétien d’être dans le monde sans pourtant être du monde.

La «lumière» évoquée ici par Simone Weil est celle que le Sermon sur la montagne associe aux chrétiens: «Vous êtes la lumière du monde», et dont le Christ dit que son rôle est de luire devant les hommes. C’est cette lumière, éclairant la pensée, qui ouvre la voie à des solutions pratiques. Mais si les œuvres ont été abandonnées, si la foi s’est éteinte, si les paroles sont devenues de maigres souhaits adressés à un pouvoir politique affaibli et qui confond bien souvent athéisme et laïcité, alors le résultat s’impose et nous accable: les chrétiens d’Occident ont fermé leurs yeux et se sont endormis. Comme l’écrivait François Mauriac dans un article du Figaro de 1934, «il s’agit d’un sommeil cherché, voulu, d’un renoncement collectif à l’esprit.» Ce renoncement à l’esprit est un renoncement à l’être, et il explique l’impuissance des actes. La question s’impose donc, plus impérieuse que jamais: Chrétiens, à quand le réveil? Car pendant que la communauté chrétienne internationale dort, les chrétiens d’Irak meurent. A quand le retour à une foi vivante, à cette prière du juste dont la Bible dit qu’elle a une grande efficace? Il ne s’agit pas d’arborer de grandes croix sur le poitrail, de multiplier les actes de prosélytisme au coin des rues, de scander à tour de bras des slogans agressifs, mais de vivre simplement en chrétiens et de ressusciter les paroles et les œuvres dont le Christ disait qu’elles témoignaient de son unité avec Dieu. Etre chrétien ne nécessite pas d’être proclamé, mais d’être vécu, dans la simplicité ; car par-là l’invisible conviction devient visible. La réinscription de l’Eglise au centre de la vie du chrétien – Eglise, il est important de le rappeler, pour laquelle les chrétiens d’Orient risquent leur vie – c’est-à-dire la participation à la communauté chrétienne, à l’ «ecclésia», qui unifie d’ailleurs les dénominations, catholique, protestante, orthodoxe, etc., sous un même terme, «Christianisme», est le premier pas qui permet ensuite à la lumière d’imprégner «toute la vie profane, publique et privée», et qui incite le chrétien à déborder le cadre du dimanche matin, jamais ne cherchant à dominer la vie publique mais s’y inscrivant et la nourrissant. Et par ces actes répétés, donnant force aux paroles, les chrétiens d’Orient retrouveront l’espoir, car ils ne seront plus seuls. Et par ces actes répétés, témoins d’une foi vivante, la force qui manque cruellement aujourd’hui aux gouvernants, et le courage, et la détermination, seront peut-être rendus.

Retrouver cet article sur sa plateforme initiale.

marieéglise-620x310

Politique chrétienne ou Chrétiens en politique ?

Y a-t-il une politique spécifiquement chrétienne ou seulement des chrétiens engagés en politique ? A quelques jours des élections départementales, nous avons posé la question à l’abbé Gérald de Servigny, prêtre du diocèse de Versailles, qui nous fait part de quelques éléments de réflexion afin d’accompagner le grand retour des jeunes générations de catholiques dans la vie politique.

Jusqu’aux années 70, les chrétiens engagés en politique avaient d’abord le souci d’un comportement moral irréprochable exempt de toute corruption, avec un train de vie exemplairement sobre. Il y avait là, comme dans la vie professionnelle en général, un sens aigu du devoir d’état et une sorte d’esthétique morale. Mais en revanche, c’est d’ailleurs un peu le revers de cette belle médaille, on ne vérifiait pas toujours l’exacte cohérence des décisions politiques avec la morale chrétienne : on était alors capable de mettre de côté ses convictions chrétiennes pour la cause du moment…

Aujourd’hui, après ces générations d’anciens qui ont fait, d’une manière parfaitement intègre, une politique parfois décevante en matière morale (qu’on pense aux lois sur le divorce, l’avortement ou plus récemment le travail du dimanche), la jeune génération issue des mobilisations de « la Manif pour tous » est convaincue de vouloir s’engager au service d’un programme politique au contenu résolument chrétien (défense de la vie, de la famille, etc.). Mais elle oublie quelquefois la manière chrétienne d’œuvrer en politique.

Pour les philosophes grecs la politique était davantage un art qu’une science. Au livre VI de La République, Platon décrit les qualités morales du souverain qui doit être vertueux, sage, et surtout philosophe. Dans cette veine-là, l’effort de l’homme politique d’aujourd’hui porterait d’abord sur la manière chrétienne et morale de faire de la politique. Mais la politique, selon l’acception moderne des Lumières (Hobbes, Rousseau, etc.), est surtout une science. Dans cette perspective-là le catholique engagé en politique insistera davantage sur un contenu politique conforme au droit naturel et à la morale chrétienne.

Qu’est-ce qu’une politique chrétienne ?

Comme le rappelait Benoît XVI, « l’objet principal des interventions de l’Eglise catholique dans le débat public porte sur la protection et la promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables » (Discours aux parlementaires européens du PPE, 30 mars 2006).

Ce qu’on pourrait appeler une politique chrétienne serait une politique au service du bien commun avec quelques points d’attention en matière morale, on dirait aujourd’hui « sociétale » :

– elle donne une place privilégiée à l’homme en toutes ses dimensions (corporelle, intellectuelle mais aussi spirituelle, trop souvent oubliée). C’est-à-dire une juste place pour l’homme par rapport au système (l’homme n’est pas seulement un élément au service du tout mais le transcende), à l’économie (l’homme ne se réduit pas à n’être qu’un acteur économique : producteur / consommateur), au monde (l’homme doit dominer la terre sans la détruire).
– elle a un souci pour les plus faibles : les enfants à naître, les pauvres, les exclus, les personnes âgées.
– elle se met au service des familles. Le mariage monogame et fidèle et le modèle familial qui en est issu sont des biens de civilisation apportés par le christianisme.
– elle a le souci de la justice, y compris entre nations (notamment entre le Nord et le Sud).

Mais nous le savons bien, avoir de bonnes idées ne suffit pas, encore faut-il avoir le talent de les expliquer, de convaincre, de remporter honnêtement le combat électoral, de mettre en œuvre avec prudence les justes réformes… Un art de faire de la politique que la morale chrétienne peut soutenir.

Qu’attendre des chrétiens en politique ?

Il y a en effet une manière vertueuse et chrétienne de vivre l’engagement politique, qui constitue, par fidélité à l’Evangile, une sorte de différence spécifique dans l’exercice de cet art :

– mener le combat électoral avec loyauté et charité (eh oui, la charité est de mise, même en politique !), en sachant également reconnaître le bien et le vrai chez l’adversaire.
– exercer un mandat dans un esprit de service, non seulement d’une manière désintéressée mais aussi par une présence assidue et efficace.
– être d’abord au service du bien commun avant de se soucier de son propre bien et même du bien de sa famille politique ou son parti.

Voilà ce que disait le Pape François le 16 septembre 2013 lors d’une homélie : « chaque homme et chaque femme qui assume une responsabilité de gouvernement doit se poser ces deux questions : est-ce que j’aime mon peuple pour mieux le servir ? Est-ce que je suis humble au point d’écouter les opinions des autres pour choisir la meilleure voie ? ».

Alors, politique chrétienne ou chrétiens en politique ? Les deux assurément ! Ensemble, ils constituent sans doute une piste pour essayer de faire de la politique autrement… Plus facile à dire qu’à faire, mais nous l’écrivons comme un encouragement pour tous les chrétiens qui ont l’audace de s’engager dans la vie politique !

Retrouver cet article sur sa plateforme initiale.